Habitat
Le mot habitat est un terme latin apparu au XVIIIème siècle dans le registre spécialisé de l’histoire naturelle. Il désignait alors les lieux où vivent les espèces animales et végétales. Dans le domaine particulier de la botanique, des notions écologiques (climat, sol,…,) sont venues progressivement compléter cette description purement spatiale pour donner à la notion d’habitat son acception actuelle.
Un habitat, ou habitat naturel, se définit aujourd’hui par :
- un cadre géographique (localisation et contour)
- un cadre écologique (espèces animales et végétales, altitude, exposition,...)
Compte tenu de la nature des habitats, leur détermination est un exercice complexe qui fait appel à de nombreux facteurs environnementaux. Certains éléments sont toutefois plus prégnants que d’autres, à l’image des communautés végétales. En effet, à chaque fois que, dans un territoire donné, les mêmes conditions environnementales sont réunies, on retrouve sensiblement le même ensemble de plantes ou communautés végétales. La végétation, de part son caractère intégrateur, est donc utilisée comme révélatrice des habitats.
Les différents types d’habitats présents en France sont compilés dans des guides typologiques. Deux de ces guides sont particulièrement utilisés actuellement : le manuel CORINE Biotopes (Commission Européenne, 1991) et le manuel d’interprétation des habitats de l’union européenne, version EUR 27 (Commission Européenne, 2007).
Â
Contexte et enjeux
Le Sommet de la terre qui s’est tenu à Rio en 1992 a mis en lumière le rôle prépondérant du morcellement et de la dégradation des milieux naturels ou habitats sur la perte de biodiversité constatée à l’échelle planétaire. Cette diversité du vivant est pourtant un bien commun vital dont nos sociétés ne sauraient se passer.
Dans ce contexte, l’Union Européenne a pris une directive majeure : la Directive 92/43/CEE dite « Habitats-Faune-Flore » ou encore « Habitats ». Ce texte fonde la nécessité de constituer, à l’échelle européenne, un réseau d’espaces naturels protégés appelé réseau Natura 2000, dont l’objectif est de maintenir la diversité et l’intégrité des milieux naturels, tout en tenant compte des exigences économiques, sociales et culturelles des territoires concernés.
Le Parc national des Pyrénées héberge une extraordinaire richesse biologique. On y recense environ 2 500 espèces végétales supérieures, soit plus de 40% de la diversité végétale de la France métropolitaine, sur à peine 0,5% du territoire. Le parc national compte également plus de 4 000 espèces animales dont 250 espèces de vertébrés. Ces taxons sont parfois endémiques. On recense ainsi près d’une centaine d’espèces végétales spécifiques au territoire du parc national. S’agissant des habitats, de très nombreux types différents ont été identifiés à ce jour dont certains hautement patrimoniaux et emblématiques comme les tourbières ou les forêts de pins à crochets.
Le parc national est aussi le lieu d’une importante activité humaine, notamment agricole, qui a façonné au fil des temps les paysages pyrénéens. Symbole de l’interaction de l’Homme et de la montagne, l’estive témoigne du rôle prépondérant du pastoralisme sur le maintien de certains milieux ouverts. Mais l’évolution des pratiques agricoles (diminution du nombre de bergers, augmentation des cheptels…), entraîne à sa suite les habitats dans de nouveaux états et de nouvelles dynamiques qu’il nous faut suivre et étudier.
Simultanément, le parc national a vu se développer les activités de loisir liées au tourisme vert. Avec 1,5 million de visiteurs par an, le Parc national des Pyrénées est le plus visité de France. Les conséquences sur les habitats sont là aussi très importantes.
Â
Les tourbières
Les tourbières sont des zones humides où règnent des conditions écologiques particulières : engorgement en eau quasi permanent et pauvreté en éléments nutritifs. La vie y est donc difficile et la matière organique ne s’y dégrade que très lentement. Au fil des années cette matière organique finit par s’accumuler à une vitesse très lente de l’ordre de quelques millimètres par an pour former la tourbe. Dans certaines tourbières l’épaisseur de tourbe peut dépasser plusieurs mètres, ce qui témoigne d’une origine très ancienne ! En réalisant des prélèvements de tourbe, les chercheurs peuvent étudier les évolutions du climat et de la végétation, mais aussi l’histoire de l’agriculture et celles des sociétés humaines.
Les conditions de vie extrêmement sévères qui règnent dans une tourbière ont conduit la faune et la flore à s’adapter pour survivre. Les espèces que l’on y trouve sont très spécifiques. Elles ne peuvent vivre que dans ce type de milieux et sont par conséquent très rares pour la plupart. C’est le cas notamment de certaines plantes carnivores comme les Droseras.
Â
Pineraies de pins à crochets
Les pineraies de pins à crochets sont des forêts d’apparence clairsemée à sous bois dominé par des arbrisseaux comme le raisin d’ours, le cotonéaster commun, le genévrier,… Elles s’étagent de 1700 m pour le minimum jusqu’à près de 2 600 / 2 700 m pour le maximum sur le site du Néouvielle, ce qui en fait une des plus hautes forêts d’Europe !
Les conditions écologiques qui règnent à ces altitudes (froid et ensoleillement surtout) rendent les conditions de vie très difficiles, la dégradation des végétaux se fait très lentement. Les arbres morts restent sur pied de nombreuses années avant que ne surviennent les premiers signes de décomposition.
La physionomie de l’habitat est donc singulière, faite d’un mélange d’arbres vivants d’un vert bleuté et de troncs secs, dénudés, gris argenté. Cet habitat constitue le refuge de certaines espèces animales menacées comme le grand tétras.



